Voix albanaises dans la nuit

Revue aires, numéro 13, Octobre 1991,  64 pages, 65 FF.

Avec Ismail Kadaré, Martin Camaj, Vorea Ujiko, Giuseppe Schiro Di Maggio, Francesco Altimari, Esad Mekuli, Envers Gjeqeku, Din Mehmeti, Besim Bokshi, Fahredin Gunga, Azem Shkreli, Agim Vinca, Eqrem Basha, Ali Podrimja. Traduction Alexandre Zotos. Dessin de Maxime Darnaud.


extraits

 

Ainsi nous sommes-nous quittés  
 Sans même un serrement de main.  
 Chacun est reparti  
 Comme on néglige de finir quelque chose.  
 Une cigarette allumée.  
 Un verre de limonade.  
  
 Car tu n'es pas devenue mienne.  
 Tu n'as pas fait le don entier, à moi l'étranger, de ton amour,  
  
 Pareille à ces nuages  
 Qui sur les tropiques jamais ne déversent  
 Leur neige virginale  
 Mais la gardent toute pour le Nord.  
   
Ismail Kadaré, Ainsi nous sommes-nous quittés.
 


 
  
 Seul, le c˙ur vide, il va au hasard  
 des ruelles qui serpentent  
 à travers le village;  
 le soleil s'est couché derrière les montagnes  
 et la lune peu à peu étend son manteau.  
 Tout alentour  
 règne une paix de cimetière  
 et mon sein se creuse  
 d'un poison qui le ronge :  
 je sais fort bien que ce n'est pas le rude hiver  
 qui déjà retient les gens  
 au coin de leur feu;  
 ces portes closes le plus souvent  
 n'abritent qu'une vieille femme  
 auprès d'un berceau.  
 
Francesco Altimari, L'émigrant.
 
 

 
  
 Il est au sud une montagne  
 Qui sélève entre deux lacs  
 Elle a nom le Mont Aride  
  
 Et nul ne saurait dire  
 Comment entourée d'eau  
 Sèche reste la montagne  
  
 Tout près s'étend une prairie  
 Curieusement nommée  
 Le Pré aux Larmes  
  
 Et nul ne saurait dire  
 Comme malgré ces larmes  
 Sèche reste la montagne  
  
 Il est au sud une montagne  
 Appelée le Mont Aride  
 Qui se dresse entre deux lacs  
  
 Et nul ne saurait dire  
 Pourquoi si près de l'eau  
 La montagne n'est que soif  
  
 Mont Aride  
 Sans herbes sans arbres sans oiseaux  
 Déjà mort de ton vivant  
  
 Comme un homme  
 Dont la peine assèche le sang  
 
Agim Vinca, Ballade du Mont Aride.
 
 

 
  
 Si je cessais d'écrire ami  
 Et si ma voix  
 ne te parvenait plus  
 va un ˙illet entre les doigts  
 et cherche ma tombe  
 au hasard du monde  
 
Ali Podrimja, Au hasard du monde.
 
 


 Page créée par Denis en Avril 1999 (commentaire?) pour la revue aires .